À la Technical Diving Academy, on aime les choses simples : on planifie, on plonge proprement, on débriefe, et on améliore. Mais sur un sujet, l’expérience finit toujours par rattraper la théorie : la décompression.

Aujourd’hui, la majorité des ordinateurs s’appuie sur une trame commune (un modèle “générique”) avec des réglages de conservatisme possibles “à la marge” (GF, niveaux low/med/high…). C’est solide… mais ça ne change pas une réalité : deux plongeurs différents ne “désaturent” pas pareil, même sur le même profil.

C’est exactement pour ça que, depuis 8 ans, nous utilisons O’Dive d’Azoth Systems : pour ajouter au run-time un indicateur post-plongée, basé sur ce que fait réellement le corps.

O’Dive : mesurer les microbulles pour objectiver la “qualité” de la décompression

O’Dive est un capteur Doppler ultrason qui permet de détecter la présence de microbulles vasculaires après la plongée. L’objectif n’est pas de “diagnostiquer” (ce n’est pas un dispositif médical), mais de mieux piloter sa pratique en observant un marqueur concret de la désaturation.

Après chaque plongée (et mesure), O’Dive calcule un Indice de Qualité (IQ) annoncé de 0 à 100%, et propose un simulateur pour visualiser l’impact de différentes options (conservatisme, stratégie, etc.).

Kit O'Dive Odyssey Azoth System TDA

Mon retour d’expérience : plongeur, moniteur et chef de centre

À titre personnel, O’Dive a profondément changé ma façon de plonger et d’enseigner, parce qu’il m’a permis de mettre des faits sur ce qui, jusque-là, restait souvent de l’ordre de la théorie ou du ressenti.

En plongée tek, on parle beaucoup de modèles, de conservatisme, de “bonne” décompression, de Gradient Factors, de choix de gaz… mais sans outil de mesure, on finit vite par piloter à l’intuition. Avec O’Dive, j’ai pu objectiver — quantitativement et qualitativement — l’impact réel de chaque évolution de ma stratégie : modification des GF, ajustements des gaz, changements de conduite de remontée et de paliers, et optimisation du pré conditionnement (hydratation, repos, activité physique, gestion du froid et de l’effort).

Je tiens aussi à préciser un point essentiel : la bulle n’est pas, à elle seule, “l’élément principal” d’un accident de décompression, la physiologie est plus complexe. Mais nous savons aussi qu’il n’y a pas d’accident de décompression sans bulles ; mesurer la bulle reste donc un indicateur précieux pour comprendre et réduire la charge de désaturation, surtout lorsqu’on enchaîne des plongées engagées.

Avec le temps, et grâce à ces mesures régulières, j’ai réussi à construire une pratique où je peux réaliser des profils exigeants avec une génération de bulles minimale, parfois sans génération significative détectable, non pas par chance, mais parce que chaque ajustement a été guidé par des données.

En tant que moniteur et chef de centre, c’est exactement ce que je cherchais : sortir du discours et pouvoir dire à un élève “voilà ce que tu fais, voilà ce que ça produit, voilà comment on améliore”, de manière concrète et reproductible. C’est aussi la raison pour laquelle, à la TDA, nous proposons gratuitement des mesures O’Dive lors de toutes nos plongées afin d’optimiser la sécurité de nos plongeurs, et que nous proposons également la formation O’Dive Technicien pour celles et ceux qui veulent comprendre pleinement le fonctionnement de l’outil, son protocole et son emploi pertinent.

Enfin, il faut le rappeler : cet environnement de mesure et de personnalisation ne remplace jamais les fondamentaux « hydratation, activité physique adaptée et repos » , mais il permet, depuis maintenant 8 ans, d’ajouter une dimension rare dans le monde de la plongée : un outil accessible au grand public capable de relier la théorie de la décompression à la réalité mesurable de la physiologie.

Le point clé : jusqu’ici, la décompression est “standard”… alors que nous sommes tous différents

Un modèle de décompression “moyen” doit fonctionner pour tout le monde, dans des conditions très variables. Or, l’exposition réelle dépend aussi de facteurs individuels : âge, IMC, fatigue, froid, effort, sommeil, stress, enchaînement de plongées, etc.

Des travaux et retours d’expérience rappellent d’ailleurs le rôle de facteurs personnels (comme l’âge et l’IMC) et des paramètres de séries de plongées (nombre de plongées, intervalles de surface…) dans le risque d’accident.

C’est là que l’environnement Azoth Systems est intéressant : au lieu de seulement “ajouter du conservatisme au hasard”, on tend vers une logique où l’on peut adapter sa décompression à sa physiologie via un retour Doppler mesuré.

Attention : personnalisation ≠ baguette magique (les fondamentaux restent non négociables)

Même avec le meilleur outil, on ne “compense” pas une mauvaise hygiène de préparation. À la TDA, on insiste : la sécurité, c’est un ensemble.

5 règles simples de préconditionnement (avant toute plongée tek)

  • Hydratation : commence la veille, et continue après la plongée (urines claires = bon indicateur simple).
  • Sommeil : privilégie une vraie nuit ; évite la dette de sommeil sur une semaine.
  • Activité physique régulière : une base cardio/renfo aide… mais évite l’effort violent juste avant de plonger.
  • Gestion du froid : sous-combi adapté, chauffe si nécesaire, et vigillance sur les points de compression que peuvent provoquer des tenues trop ajustées.
  • Récupération & discipline : pas de remontées “sportives”, pas d’effort en surface, prendre son temps avant de respirer a nouveau l’air du bon dieux.

Comment on l’utilise à la TDA (simple, reproductible, utile)

Notre routine est volontairement pragmatique :

  1. Débrief (froid, effort, stress, hydratation, gaz, remontée, paliers, incidents).
  2. Mesure O’Dive standardisée.
  3. Lecture du résultat et mise en perspective (profil vs contexte).
  4. Ajustements pour la suite : stratégie de remontée, gestion de l’effort, conservatisme, organisation des journées.

Et surtout : chez TDA, ces mesures O’Dive sont proposées gratuitement lors de toutes nos plongées, pour optimiser la sécurité et la compréhension de nos plongeurs (loisir, tek, OC et CCR).

Protocole O’Dive TDA (simple, systématique, comparable)

 

Sur chaque plongée, on applique le même protocole, pour une raison simple : si on veut comparer des résultats entre deux plongées (ou entre deux plongeurs), il faut que la mesure soit faite dans les mêmes conditions. Sinon, on compare… des choses incomparables.

Les 2 mesures (pour capturer la dynamique des bulles)

  • Mesure 1 : autour de H+30 min après la sortie de l’eau, une fois revenu au calme (respiration normale, pas d’effort, pas de stress immédiat).

  • Mesure 2 : autour de H+1h après la sortie de l’eau, pour confirmer la tendance.

Pourquoi deux mesures ? Parce que la production et la circulation des microbulles évoluent dans le temps après la plongée. Avoir deux points de mesure permet de savoir si on est sur une tendance stable, en amélioration… ou au contraire en hausse, ce qui est très utile quand on enchaîne plusieurs immersions sur un week-end.

O'Dive Aztoh system prise de mesure TDA

Débrief “contexte” (indispensable pour interpréter)

Après la mesure, on note systématiquement :

  • froid, effort, essoufflement, vitesse de remontée, confort sur paliers, forme générale (fatigue, stress, sommeil, hydratation).

L’idée n’est pas de “juger” une plongée, mais de qualifier la charge et d’identifier ce qui a pu influencer la réponse du corps.

Exploiter les mesures post-plongée : transformer un résultat en décisions concrètes

O’Dive n’est pas “juste un capteur”. L’intérêt, c’est l’exploitation : l’application fournit un IQ (Indice de Qualité) et surtout la capacité de comprendre d’où vient le résultat (profil/procédure vs réponse individuelle bulles). 

1) L’Indice de Qualité (IQ) : la lecture “tableau de bord”

L’IQ est un indicateur entre 0 et 100% : plus il est élevé, plus la “qualité” de la désaturation est favorable. Attention : c’est une lecture de risque relatif, pas un diagnostic médical. 

Azoth donne une relation simple pour comprendre la logique :

IQ = 100 – (Cs + Cb)

  • Cs = composante sévérité (0 à 100%) : c’est la part liée au profil et à la procédure (profondeur, durée, procédure déco, gaz utilisés…).

  • Cb = composante bulles (0 à 40%) : c’est la part liée à la réponse individuelle mesurée au Doppler, donc à ce que “fait vraiment” le corps après la plongée.

En clair : deux plongeurs peuvent faire exactement le même runtime… et ne pas avoir le même Cb.

Repères pratiques proposés :

  • 75–100% : bonne qualité (optimisation possible)

  • 50–75% : intermédiaire (marge d’amélioration)

  • 0–50% : procédure/pratique à faire évoluer

 

2) L’indice de sévérité (Is) : la part “profil / procédure”

L’Is (et donc la composante Cs) traduit le stress physiologique lié aux paramètres de plongée (exposition + façon dont la décompression a été conduite). C’est très utile pour comprendre si ton résultat vient surtout :

  • d’un profil objectivement chargé (profonde / longue / beaucoup de déco),

  • ou d’une réponse individuelle (bulles) à un profil pourtant “raisonnable”.

Composante de sévérité

3) La composante bulles (Cb) : la part “réponse individuelle”

La composante bulles isole ce que le Doppler détecte : des microbulles vasculaires post-plongée. Le document rappelle que la formation de bulles est un mécanisme déclencheur central (“primum movens”) de l’ADD dans une approche consensuelle, tout en rappelant que l’organisme peut souvent les éliminer sans dommage : l’ADD reste multifactoriel.

Ce point devient vraiment intéressant en pratique : Azoth explique que la présence de bulles agit comme un amplificateurdu risque associé à la sévérité. Donc, à sévérité comparable, plus de bulles = situation moins favorable, surtout en séries.

Composante Bulle

Tester l’impact des réglages : comprendre “ce qui fait bouger” tes indicateurs

Là où O’Dive devient un outil d’amélioration, c’est quand on utilise la simulation pour estimer la valeur ajoutée de certains choix.

La méthode TDA (pour éviter les fausses conclusions)

1: On isole un levier (un seul changement).

2: On observe l’évolution IQ / Cs / Cb.

Ensuite seulement, si une tendance est validée, on peut tester des scénarios combinés (plus réalistes “terrain”).

A) Faire varier le %He (Trimix fond) et observer l’impact

Dans les versions CCR/Technical, on peut planifier un Trimix fond et modifier le %He (avec des valeurs d’O₂ “idéales” prédéfinies selon le mode CCR/OCR). L’idée n’est donc pas de “switcher air → heliox”, mais de mettre plus (ou moins) d’hélium et de voir si ça améliore réellement les indicateurs chez ce plongeur-là, à profil comparable.

B) Ajuster les Gradient Factors (GF Low / GF High)

L’application permet de régler GF Low et GF High (avec guidance), ce qui influence notamment :

  • la profondeur/structure du début de déco (GF Low),

  • et le niveau de conservatisme final (GF High).

Ce que ça apporte : tu ne “touche pas des curseurs au hasard”, tu observes si, pour toi, ça améliore plutôt la sévérité (Cs), plutôt la composante bulles (Cb)… ou les deux.

C) Tester une durée additionnelle sur le dernier palier

Le système permet d’ajouter une durée additionnelle au dernier palier réalisé (ex : +3, +6 min) et d’en apprécier l’intérêt sur les indicateurs.

La règle TDA pour progresser proprement

Après chaque mesure :

  • on lit IQ + le détail sévérité vs bulles,

  • on replace dans le contexte (froid/effort/sommeil/hydratation/enchaînement),

  • on choisit un ajustement simple,

  • et on remesure sur la plongée suivante.

C’est cette démarche qui permet, avec le temps, de converger vers une décompression plus pertinente pour le plongeur, tout en gardant en tête que l’outil donne une indication relative de risque et n’est pas un dispositif médical. 

Exemple de l’impact de la modification de la concentration en hélium du diluant dans la varation de l’IQ:

Analyse O'Dive Azoth System TDA sans modification
Analyse O'Dive Azoth System TDA apres modification

En pratique : tu plonges, on mesure, on débriefe, tu progresses

Que tu sois en circuit ouvert ou en CCR, en formation ou en exploration, notre objectif reste le même : te rendre plus autonome, plus fin, et plus safe.

Formation O’Dive Technicien à la TDA

Pour ceux qui veulent aller plus loin que “regarder un chiffre”, nous proposons également la formation O’Dive Technicien : comprendre le principe Doppler, le protocole, l’interprétation, les limites, et surtout comment intégrer l’outil intelligemment dans une démarche de sécurité (plutôt que de chercher une “vérité absolue”).

Odyssey : l’ordinateur Azoth qui veut amener la personnalisation directement dans la déco

Azoth annonce avec l’Odyssey un ordinateur connecté visant une décompression personnalisée, assistée par l’Azoth Quality Index et le bubble monitoring, permettant ainsi une gestion dynamique du conservatisme via l’écosystème O’Dive.

Parmi les fonctions mises en avant :

  • Modèle de décompression “customisé” assisté par QI + bulles,
  • Modes circuit ouvert et recycleur,
  • Multi-gaz Air / Nitrox / Trimix,
  • BT Low Energy vers le logbook/simulateur O’Dive,
  • Réglage de conservatisme (GF) “piloté” par la simulation O’Dive.

 L’intérêt annoncé avec Odyssey (dans la logique Azoth) est précisément d’aller vers :

  • Une décompression plus personnalisée (moins “trame commune + petit curseur”),
  • Et une meilleure logique plongées successives (cumul + intervalle surface + réaction individuelle), en s’appuyant sur l’écosystème Doppler / Indice de Qualité.
Ordinateur Odyssey Azoth System

Focus tek : la gestion des plongées successives (le vrai sujet des semaines d’explo)

 Quand on enchaîne des plongées (formation, exploration, plusieurs jours), le besoin n’est plus seulement “une déco sur une plongée”, mais une gestion cohérente des plongées successives.

Justement, l’arrivée d’Odyssey s’inscrit dans cette logique d’intégration : mieux prendre en compte l’historique, l’enchaînement, et aller vers une déco plus pertinente pour toi (plutôt que pour “la moyenne”).

 Et ce n’est pas un sujet isolé : DAN Europe a aussi communiqué sur des travaux de collecte de données avec Azoth autour des microbulles.

Nicolas TDA Ordinateur Odyssey

Conclusion

Après 8 ans d’utilisation à la TDA, O’Dive est devenu bien plus qu’un “outil en plus” : c’est un vrai accélérateur de progression et de sécurité. Là où la décompression reste aujourd’hui majoritairement basée sur une trame commune, O’Dive nous a permis d’objectiver ce que l’on pressentait souvent sans pouvoir le mesurer : l’influence réelle de nos choix (GF, rythme de remontée, stratégie de paliers, gestion du froid et de l’effort, qualité du préconditionnement) sur la réponse physiologique du plongeur.

Ce qui fait sa force, c’est sa capacité à transformer la théorie en faits, et à guider des ajustements pragmatiques, reproductibles, et surtout personnalisés. Le but n’est pas de “chasser la bulle” à tout prix ni de chercher une vérité absolue, mais d’apprendre à plonger plus propre, plus constant, et à mieux gérer les séries de plongées engagées — exactement ce qui fait la différence sur un week-end tek ou une semaine d’exploration.

Avec l’arrivée d’Odyssey, Azoth franchit une étape logique : rapprocher ce retour physiologique du cœur même de la planification et de l’exécution, pour aller vers une décompression réellement adaptée au plongeur et à l’enchaînement des plongées, plutôt qu’à une moyenne statistique. Pour nous, c’est une évolution majeure : moins d’approximation, plus de cohérence, et une démarche sécurité encore plus structurée.

Et comme toujours, la technologie n’est qu’un levier : elle ne remplacera jamais les fondamentaux. Hydratation, sommeil, gestion du froid, maîtrise de l’effort, discipline de remontée et récupération restent non négociables. Mais utilisée intelligemment, et dans un protocole standardisé comme celui que nous appliquons à la TDA, la combinaison O’Dive + Odyssey ouvre une voie claire : mieux comprendre, mieux décider, et plonger plus safe — durablement.

Les Liens utiles:

Odyssey

La solution O’Dive